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Autobiographie pariétale, AGE 2

Autoportrait bourgeois
«Bedeau» Musée Jurassien des Arts, Moutier, 2008


Autobiographie pariétale, AGE 2
Autoportrait bourgeois

Dispersion E 11-24, craie, dimension salle, 2008
©ADRIAN SCHEIDEGGER
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Charles-François Duplain est un familier du mesurage qu'il a pratiqué professionnellement dans le génie civil. Il l'intègre dans de nombreuses autres œuvres par le biais de bornes ou de dalles, comme dans Les Limites de mon village (2007), un autoportrait basé sur son origine géographique. Mais il l'utilise et le commente aussi dans sa dimension temporelle. La mesure du temps est au centre de l'Autoportrait bourgeois (2008). L'artiste a couvert les murs peints en vert d'une salle mansardée du Musée jurassien des Arts de croix inscrites dans des carrés, indiquant le nombre de jours qu'il a passé sur terre. Ce décompte rappelle une pratique courante des prisonniers sur les murs de leur cellule, citée dans une œuvre antérieure de Duplain (37 ans, 1 mois, 20 jours ou l'autoportrait même, 2004, créée dans une cellule de l'ancienne prison de Delémont). Il exprime l'emprisonnement, l'ennui et renvoie à l'absurdité de l'existence.

Cette notation du temps évoque aussi la démarche de Roman Opalka (*1931). Depuis 1965, Opalka transcrit la suite infinie des nombres naturels de toile en toile, en réduisant de plus en plus leur lisibilité. Chaque toile n'est ainsi qu'un détail d'une seule œuvre, dont l'achèvement ne sera accompli qu'à la mort de l'artiste, ou à son incapacité physique de peindre. Cette approche radicale de notation de la durée vécue contient une dimension spirituelle à première vue éloignée de l'attitude plus détachée de Charles-François Duplain. L'Autoportrait bourgeois paraît être une critique de la vie bourgeoise, enfermée dans les limites qu'elle s'impose. Mais l'artiste s'associe non sans mélancolie et romantisme à ce sentiment de l'ennui et de l'isolement. De plus, le système de notation choisi - utilisé par la bourgeoisie d'Undervelier, commune d'origine de Duplain, pour la coupe du bois - n'est pas anodin. Décorant la salle comme un motif de papier peint, il induit un rapprochement entre la valeur de la vie humaine et celle d'un simple tronc d'arbre qui va être coupé. Ou qui a déjà été coupé et est devenu un élément architectural, comme le pilier en bois brut qui soutient la charpente dans cette salle du Musée.

Valentine Reymond

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Autobiographie pariétale, AGE 2
Autoportrait bourgeois

Dispersion E 11-24, craie, dimension salle, 2008
©ADRIAN SCHEIDEGGER

Autobiographie pariétale, AGE 2
Autoportrait bourgeois

Dispersion E 11-24, craie, dimension salle, 2008
© Charles-François Duplain

Autobiographie pariétale, AGE 2
Autoportrait bourgeois

Dispersion E 11-24, craie, dimension salle, 2008
© Charles-François Duplain